Terme de backtesting
Ratio de Sharpe
Le ratio de Sharpe est le chiffre auquel les traders se réfèrent pour donner une impression de rigueur : il s'agit du rendement par unité de risque, exprimé sous la forme d'un chiffre simple et clair. C'est également l'un des chiffres les plus faciles à embellir dans le domaine du trading.
Le ratio de Sharpe mesure le rendement par unité de risque : il s’agit de prendre le rendement moyen d’une stratégie, d’en soustraire le taux sans risque, puis de diviser le résultat par la volatilité de ces rendements. Une stratégie générant 20 % par an mais présentant de fortes fluctuations peut obtenir un résultat moins bon qu’une autre rapportant 12 % de manière régulière. Cet indicateur existe précisément pour quantifier cette volatilité.
Le rendement brut ne vous dit rien sur la manière dont vous y êtes parvenu, et le taux de réussite vous en dit encore moins. Un système peut remporter 90 % de ses transactions et pourtant se solder par un échec, car les pertes qu’il subit anéantissent des années de gains — ce mode d’échec que l’on appelle le risque concentré en queue de distribution. Le ratio de Sharpe intègre cette volatilité dans son calcul, c’est pourquoi il s’agit de ce qui se rapproche le plus, dans le cadre du backtesting, d’un score de qualité unique. Ce qui s’en rapproche le plus. Pas un indicateur parfait.
Ce ratio part du principe que les rendements suivent une distribution normale, en forme de courbe en cloche. Ce n’est pas le cas de la plupart des stratégies de trading. Un système de type « grid » ou « DCA » peut afficher des mois de gains minimes mais réguliers, puis subir une seule perte brutale qui les efface tous. Jusqu’à ce que cet événement survienne, le ratio de Sharpe affiche une courbe régulière, car la baisse qui finira par apparaître ne s’était pas encore produite dans l’échantillon mesuré.
La corrélation sérielle aggrave encore la situation. Les stratégies qui maintiennent des positions sur plusieurs barres, ou qui négocient des instruments dont les mouvements ne sont pas indépendants d’un jour à l’autre, peuvent paraître plus stables qu’elles ne le sont réellement. Cela sous-estime la véritable volatilité et gonfle le ratio de Sharpe annualisé bien au-delà de ce que le trading en conditions réelles pourrait jamais offrir.
Il faut également tenir compte du nombre de stratégies que vous avez testées avant de trouver celle que vous examinez. Si vous testez 500 variantes d’une idée et que vous les classez par ratio de Sharpe, le meilleur résultat tient en partie à la compétence et en partie à la chance d’avoir pu effectuer 500 essais. Le ratio de Sharpe d’un seul backtest, présenté isolément sans tenir compte de ce processus de recherche, ne permet pratiquement pas de déterminer si l’avantage persiste en dehors de l’échantillon sur lequel il a été mesuré.
Nous ne prenons pas un ratio de Sharpe « à la une » pour argent comptant. Chaque stratégie candidate qui passe un test initial est vérifiée hors échantillon, et chaque stratégie retenue est soumise à un audit rigoureux visant à détecter tout biais d’anticipation avant que nous ne la considérions comme valable. Un ratio de Sharpe flatteur associé à un facteur de profit faible ou à un flux de rendements concentré sur les extrêmes nous indique que ce chiffre a été enjolivé. Ce ratio est utile. C’est également l’une des statistiques les plus faciles à embellir dans le domaine du trading sans modifier la moindre transaction.
Les travaux de recherche à l’origine de cet article
- Sharpe (1994). « The Sharpe Ratio ». Journal of Portfolio Management 21(1). — La définition originale du ratio, par l’économiste qui l’a créé, présentée parallèlement à ses utilisations et limites déclarées.
- Lo (2002). « The Statistics of Sharpe Ratios ». Financial Analysts Journal 58(4). — Analyse le comportement statistique du ratio de Sharpe et montre que la corrélation sérielle peut gonfler un chiffre annualisé.
- Bailey & López de Prado (2014). « The Deflated Sharpe Ratio: Correcting for Selection Bias, Backtest Overfitting and Non-Normality ». Journal of Portfolio Management 40(5). — Propose un ratio de Sharpe corrigé qui tient compte du nombre de stratégies testées et des rendements non normaux à queues épaisses.
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